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UNE GRANDE DAME DE LA BD QUI NOUS REVIENT DE LOIN
le 11/06/2008 : MANGIN
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Valérie Mangin publie à la fin du mois Mortemer pour le lancement de collection Hanté. Nous l'avons surprise au moment où elle s'époussetait des toiles d'araignées, poussières, sangsues et autres ossements qui lui collaient à la peau après sa dernière virée dans les souterrains de l'abbaye de Mortemer. Photo : Alberti, Mangin et Bec, dans les salons du Mercure d'Angoulême en janvier 2008.
Bonjour Valérie ! C'est une vrai plaisir de te retrouver pour ce one-shot inaugural (ou presque) de la collection Hanté.Mais tout le plaisir est pour moi.Dis nous tout (ou presque). Comment est née cette collection dirigée par Christophe Bec ?C’est à Christophe qu’il faudrait le demander. Il est venu me voir très tôt, mais avec un projet de collection déjà bien abouti. Il voulait des histoires en one-shot prenant racine dans des lieux réels et réputés hantés. Mais il lui fallait encore trouver les auteurs et l’éditeur, rien que ça !Comme Christophe est un ami de longue date et que le thème qu’il avait choisi me parlait, j’ai tout de suite dit « Oui ».Comment as tu décidé d'écrire Mortemer ? Le people, la folie, la cupidité, les fantômes...Je connaissais l’abbaye de Mortemer de réputation depuis quelques années. C’est l’un des lieux hantés les plus célèbres de France à cause du grand nombre de créatures surnaturelles qui y vivent (on peut dire ça pour des spectres ?) : Dames Blanches, moines fantômes, femme-louve…C’est aussi un bel endroit en soi, très gothique et romantique à la fois. Imaginez des ruines médiévales perdues dans une profonde forêt à plusieurs kilomètres de la première maison et un bâtiment classique décoré de croix, de reliques et de têtes de cerf empaillées.C’est le lieu « hanté » parfait. C’est sans doute pour ça qu’on le montre régulièrement dans les émissions à sensation de la TV. C’est de là que vient le côté « people et money » de l’album. Exploiter le goût du public pour l’ésotérisme a toujours été un bizness facile pour qui veut s’enrichir vite et sans trop s’embarrasser de souci éthique.Parle nous d'Alberti, la rencontre, les essais, votre collaboration mais aussi son background... tout (ou presque) quoi. Bec est il intervenu dans le travail du dessinateur ? Et la couleur ? L'ensemble est réaliste, doux et très agréablement lisible... presque romantique, au sens du XIXe mais on bascule efficacement dans l'effroi à point nommé !Merci ! Mario a été un formidable collaborateur sur cet album.C’est Christophe qui l’a contacté pour moi et lui a envoyé le synopsis de Mortemer. Mario a accroché tout de suite et nous étions sur la première page moins d’un mois plus tard.Pour lui, ce one-shot a été l’occasion de creuser une voie particulière du dessin : celle des grands maîtres italiens comme Sergio Toppi. Il a énormément travaillé son encrage et ses noirs. Au fil des pages, ils sont devenus si hachurés et intenses que l’obscurité, très présente dans l’album, en devient presque vivante. Je crois que cela participe beaucoup à l’ambiance angoissante qui monte dans Mortemer au fur et à mesure de l’intrigue.Le choix des couleurs allait de pair : elles sont d’abord très douces et subtiles car l’album commence sur une histoire d’amour. Mais je rassure les lecteurs avides de sang et créatures démoniaques : l’amour tourne vite au cauchemar et le romantisme à l’horreur. Un peu comme dans le Dracula de Coppola : un monstre amoureux reste toujours un monstre.Tu sais que je viens de découvrir le site de l'abbaye de Mortemer (ndlr: cliquer sur les mots soulignés) ? Tu devrais organiser une fête là bas !Oui, mais tu sais ce qui arrive aux gentils invités de ce genre de fête. Il y en a toujours un qui finit par perdre la tête ou se faire briser le cœur… :-)C'est vrai, d'ailleurs en général c'est moi qui finit au milieu du lac parce que j'ai laissé tomber mon morceau de pain dans le chaudron. Pourquoi avoir choisi cette date pour l'intrigue ? Tu cherchais à jouer davantage sur les notions de passé / présent / futur ?Oui, c’est pour cela que j’ai choisi le futur proche pour situer l’intrigue. Mais c’est difficile d’en parler sans dévoiler le nœud de l’histoire. Les lecteurs verront que mes fantômes sont un peu particuliers. Ce ne sont pas des « revenants » au sens classique même s’ils « reviennent » d’une manière qui surprendra, je pense, les lecteurs.Mais le choix de la date (2050) a aussi une autre cause, très pragmatique celle-là : il ne fallait pas qu’on puisse faire le rapprochement entre les héros, cyniques et destructeurs, de l’album et les actuels propriétaires de l’abbaye. Ils n’ont absolument rien à voir avec eux, bien sûr !J’y tiens d’autant plus que l’Association des Amis de Mortemer qui s’occupe de l’abbaye nous a grand ouvert ses portes, nous permettant de réaliser des visuels et des ambiances très proches de la réalité.Tu as pris le risque, enfin à mes yeux c'est un risque mais je me trompe peut être, de privilégier la voix off, la parole du narrateur... Pour te rapprocher des codes du polar noir (littéraire) ou pour le bonheur de l'exercice de style ? Au demeurant ça passe très bien ;-)Je l’espère ! En fait, je voulais surtout donner un ton radical et original à l’album. Faire parler directement Guillaume, le principal personnage de Mortemer, c’est laisser la parole à un monstre avide et cynique, beaucoup plus dangereux que les fantômes sous ses dehors séduisants. En général, c’est le genre de personnage « mauvais » qui n’est vu que par les yeux désapprobateurs du « bon héros » dans la BD grand public. Il n’a pas le droit de s’exprimer directement, de dire à quel point c’est bon de tuer par exemple. Il était temps de réparer cette injustice !Quels sont tes prochains projets ? Es tu Hantée par d'autres lieux,... et des suites à paraître là tout de suite sous peu ?J’en ai beaucoup ! Pour ne parler que des projets les plus aboutis, je prépare un tryptique fantastique avec entre autres Griffo au dessin et je participe à Destins, le nouveau projet multiscénaristes de Frank Giroud.Bien sûr, je poursuis également les séries commencées chez Quadrants. La fin d’année verra la sortie du dernier tome du Dernier Troyen avant les publications d’Imperator et de La Guerre des dieux, deux nouvelles Chroniques de l’Antiquité Galactique, l’an prochain.Je continue aussi mon uchronie Luxley et ma série fantastique KGB. Les prochains tomes devraient aussi arriver rapidement, sans compter Trois Christs, le concept-album que je prépare avec Denis Bajram.Bref, je ne vais pas m’ennuyer dans les mois qui viennent et les lecteurs non plus j’espère.Alors à très bientôt avec soleilprod.com ;-) ! Merci Valérie. Pas de quoi ! Cliquez sur la couverture de l'album pour feuilleter les premières pages.
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